La Croix de Saint-André

Publié le par liaudinna

Lo Borgognotte

La Croix de Bourgogne

Lai Croè de Sain Andrieu

La Croix de Saint-André

 

 

 

 

 

 

C’est une croix en « X » , appelée communément « Croix de Saint-André ». Cet apôtre, frère de Saint-Pierre, aurait été crucifié sur une croix placée de biais.

 

Raison de son apparition

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Cette « croix de Saint-André » est aussi appelée « croix de Bourgogne » car elle fut prise pour emblème par les ducs de Bourgogne et leurs héritiers. Saint-André joui d’un culte particulier en Bourgogne dans la seconde moitié du XIVè siècle ; la première mention est le fait que Philippe le Hardi, le premier duc Valois, se fit donner par l’abbé de Saint-Victor de Marseille un morceau de la croix de Saint-André qu’on y vénérait.

Et c’est au début du XVè siècle , sous Jean sans Peur, que la croix en X apparaît comme emblème du duc de Bourgogne et ceci à l’occasion de la guerre civile entre lesArmagnacs et les Bourguignons. Jean sans Peur arbora le sautoir en 1408 lors de sa lutte contre les Liégeois mais ce n’est pas confirmé. Au contraire le fait est certain en 1411. A cette époque les soldats n’avaient pas d’uniformes. C’étaient pour distinguer amis et ennemis qu’on avait, au XIIè siècle, imaginé les armoiries. Mais l’effectif des armées avait augmenté ; l’infanterie prenait une place de plus en plus grande au combat ; on ne pouvait reproduire à plusieurs milliers d’exemplaires des blasons souvent compliqués. Il fallait des signes simples bien reconnaissables et que l’on puisse confectionner facilement. Les Anglais portaient une croix rouge et les Français une croix blanche.

 

Lo Borgognotte une marque de reconnaissance.

Mais la guerre civile opposait les Français entre eux. Les Armagnacs, anciens partisans du duc Louis d’Orléans assassiné par Jean sans Peur en 1409, et regroupés autour du comte d’Armagnac, beau-père du jeune héritier de Louis d’Orléans, prirent pour emblème une marque de reconnaissance une écharpe blanche, portée en travers sur la poitrine. Les Bourguignons, c’est-à-dire non les sujets du duc de Bourgogne, mais les partisans de Jean sans Peur adoptèrent le sautoir rouge : on ne peut dire si c’est en raison d’une dévolution particulière à Saint-André ou si c’est l’adoption du sautoir, facile à réaliser, qui a fait songer à Saint-André.

En tout cas dès cette époque Saint-André et Bourgogne sont étroitement liés :

En 1411, lorsque la guerre civile faisait rage autour de Paris, les Parisiens, favorables à Jean sans Peur, arboraient à leur coiffure un petit sautoir de métal chargé d’une fleur de lys ; l’enthousiasme pour le duc était tel que « plusieurs prêtres en faisant leurs signacles à la messe ou en baptisant les enfants ne daignaient faire la croix droite, en la forme que Dieu fut crucifié , mais en la forme que Saint-André fut crucifié ».

 

En août 1413, Jean sans Peur doit abandonner la capitale où la majorité de la population est lasse des excès des Cabochiens ; le comte d’Armagnac s’empare du pouvoir et l’exerce avec rigueur ; il ordonne à tous les Parisiens de porter l’écharpe blanche. Par dérision les Armagnacs en mettent une à une statue de Saint-André dans l’église de Saint-Eustache pour montrer que le saint protecteur des Bourguignons est devenu Armagnac ; un jeune homme mécontent arrache et déchire cette écharpe ; accusé de sacrilège, il a la main coupée.

 

 

En 1418 les Bourguignons reprennent Paris ; aussitôt 200 000 personnes « sans compter les enfants » arborent la « croix de Saint-André ». Ce n’est pas propre à Paris ; lorsque Senlis-Pontoise, etc ... , se déclarent pour Jean sans Peur, les habitants cousent le sautoir rouge sur leurs vêtements.

 

Lai Croè do Sain Andrieu un emblème militaire.

En 1411, Jean sans Peur, maître de la personne du roi fou, entraîne l’armée royale contre ses adversaires. On note avec regret que ces troupes « laissèrent la croix droite blanche, qui est la vraie enseigne du roi, et prirent lai Croè do Sain Andrieu, devise du duc de Bourgogne ».

En 1417, l’historien anonyme qu’on appelle le Religieux de Saint-Denis signale que certaines des troupes qui opèrent aux environs de Paris, ne se préoccupent que de pillage ; leurs soldats ont deux tuniques, l’une avec la croix blanche et droite des troupes royales, qui se confondent alors avec les Armagnacs, l’autre avec lai Croè de Sain Andrieu, de façon à être toujours du côté du plus fort et à piller sans risques.

C’était au sens propre du terme : « tourner casaque ».

 

 

 

La Croix de Bourgogne et l’armée bourguignonne ...

Le duc étant vassal du roi de France, ses sujets devaient en guerre porter la croix blanche du roi. La situation changea avec le traité d’Arras de 1435 qui marque la réconciliation du roi Charles VIII et du duc Philippe le Bon. Un article, le 33è, stipule que : « mondit seigneur de Bourgogne et tous ses féaux sujets et autres qui, ci-devant, ont porté en armes l’enseigne de mondit seigneur, c’est assavoir la croix de Saint Andrieu, ne seront point contrains de prendre ne porter aultre enseigne en quelconque mandement ou armée qu’ils soient, en ce royaume ou dehors, soit en la présence du Roi ou de ses connétables et maréchaux, et soit à ses gages ou soldées et autrement ». Ainsi le roi de France reconnaissait officiellement l’existence d’une armée bourguignonne, à l’emblème de lai Croè do Sain Andrieu.

 

Les deux derniers ducs font figurer le sautoir partout, non seulement sur le pourpoint de leurs soldats et sur leurs drapeaux, mais aussi, à côté des armoiries et du briquet, sur les monnaies, les jetons et les objets d’art. Sain Andrieu est pris comme patron de la Toison d’Or et les chapitres de l’ordre se tiennent le 30 novembre.

 

 

 

Lai Croè de Sain Andrieu sur les pavillons, les monnaies.

La mort de Charles le Téméraire n’interrompt pas l’usage de la croix de Bourgogne ; elle reste l’emblème des Pays-Bas, des espagnols puis autrichiens ; elle figure sur les monnaies, sur les drapeaux, sur les pavillons des navires d’Ostende. Lors de la dernière guerre, le chef « rexiste » Léon Degrelle, en l’accompagnant d’une « dextrochère armé », c’est-à-dire un bras cuirassé, la mit sur le drapeau de la « Légion wallonne contre le bolchévisme » qui combattait dans les rangs de l’armée allemande.

 

Le mariage de Philippe le Beau, petit-fils du Téméraire, avec l’héritière des royaumes de Castille et d’Aragon introduisit la croix de Bourgogne en Espagne où elle fut utilisée aussi bien par la dynastie de Habsbourg que par celle de Bourbon. Elle a constitué jusqu’au début du XIXè siècle le principal motif des drapeaux de l’armée espagnole, sous forme de sautoir édenté rouge. Avec le nouveau roi Juan-Carlos, elle accompagne souvent les armoiries du royaume, notamment sur les anciennes pièces de 50 et 5 pesetas (avant l’introduction de l’Euro : € ).

 

Louis XIV eut toujours l’idée de conquérir la totalité des anciens états bourguignons, en s’appuyant sur ses droits de descendants du Téméraire qu’il tenait de sa mère. A son premier petit-fils, né en 1682, il donna le titre de « duc de Bourgogne ». La Franche-Comté avait été conquise en 1688 et restituée par le traité d’Aix-la-Chapelle. Les Francs-Comtois tinrent à affirmer leur fidélité au roi d’Espagne ; ils fabriquèrent des plaques de cheminée où figurent l’écu de la Comté, le lion aux billettes, sommé de la couronne royale et entouré par le collier de la Toison d’Or, accompagné de C couronnés, initiales de Charles II d’Espagne, et de Croix de Saint-André écotées prises dans des briquets qui supportent aussi le bélier de la Toison. Le tout complété par l’affirmation : « Je suis du Comté de Bourgogne » et la date, 1669.

 

C’est certainement pour répondre à cette plaque qu’on en fabriqua d’autres, sans doute dans le duché, où l’on voit la croix de Bourgogne écotée, placée derrière le briquet d’où pend le bélier, accostée de deux cailloux d’où sortent des flammes, le tout accompagné de trois fleurs de lys et de trois L.

 

Louis XIV n’hésitait donc pas à prendre pour lui cette croix devenue l’emblème par excellence de la Maison d’Espagne. Il le fit encore plus ouvertement sur les drapeaux. Dès 1668, il créa un régiment de Bourgogne, d’infanterie, et une compagnie de chevaux-légers de Bourgogne, ensuite « gendarmes de Bourgogne ». Le régiment de Bourgogne, et plus tard le Royal-Comtois, eurent sur leurs drapeaux la croix de Bourgogne. Il en fut de même des régiments de milice levés en Bourgogne et en Franche-Comté. Les « gendarmes bourguignons » avaient sur leur étendard une grande croix de Bourgogne et quatre petites, plus des sautoirs sur le tablier des timbaliers, les fontes de pistolets.

 

 

 

 

 

Retrouver le patrimoine culturel de la Bourgogne.

Disparue des emblèmes français depuis la Révolution, la Croix de Bourgogne a de nouveau été utilisée dans l’armée en 1870.

Dans ses souvenirs sur la guerre, le Dijonnais Clément-Janin note au début l’arrivée à Dijon des « gardes mobiles » du département qui viennent d’être appelés, mais les uniformes ne sont pas prêts et les « mobiles » portent la blouse, le vêtement habituel des paysans à cette époque ; « blouse bleue avec croix de Saint-André rouge sur la manche gauche » dit-il et ajoute « ancienne bannière des Bourguignons , mais s’en est-on douté ? ». Clément-Janin pensait donc que c’était un insigne adopté pour toute la garde mobile.

Mais quelques jours après, un Parisien, Jules Claretie décrit l’arrivée dans la capitale de plusieurs régiments de mobiles de province, dont celui de la Côte-d’Or. « On les voyait, ces mobiles à peines équipés, la plupart dans leurs costumes du pays ... les Bourguignons en blouse bleue, une croix rouge sur la manche ». Cette croix était donc une marque distinctive des mobiles de la Côte-d’Or. Le recrutement de la garde mobile était strictement départemental y compris les cadres : le choix de la croix de Bourgogne pour donner aux blouses un aspect un peu plus militaire doit être une idée du colonel de Grancey ou d’un autre des officiers, tous choisi parmi les « notables » au courant de l’histoire locale.

C’est la dernière apparition officielle en France de Lo Borgognotte. Mais à l’heure actuelle, on voit parfois à l’arrière des autos immatriculées en Côte-d’Or une plaque ovale portant les lettres Bgn avec l’explication « Bourgogne », et avec le nom d’une société récemment créée « pour retrouver le patrimoine culturel de la Bourgogne ». Et le sigle Bgn est flanqué de deux écussons, l’un aux armes de la province, celles de Philippe le Hardi, l’autre portant les deux « bâtons écotés » de vieille « croix de Bourgogne ».

 

 

 

 

 

 

Extrait de Pays de Bourgogne N°151 de Pierrre Gras ; « Publication du Centre européen d’études burgndo-médianes ».

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans histoire de la région

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Juan 03/10/2007 12:13

See "bandera de sucre bolivia".

Juan 03/10/2007 11:27

The cross of Burgundy was a secondary Basque Nationalist badge more or less up to the Spanish Civil War (see "bandera mendigoizale").Spanish Carlism -a sort of local La Vendée- uses the Burgundian saltire as its own badge since 1934 (the  popular myth that  the cross of Burgundy is the Carlist badge since 1833 is unfounded). And it'sstill a widespread badge in today's Spaniard army (see "Brilat" -an airborne light brigade- or "Bripac", the parachute brigade).