comment faisaient-ils dans le temps (brionnais)

Publié le par liaudinna

Cment qu’i fautsint dans l’temps.

Comment faisaient-ils dans le temps.

 

 

 

I partint fautsi u dâr à la pique du dzeû. I-z-avint l’dâr su’l dos et l’botè après la queulotte. I-z-arrivint dans l’pré, i s’meuttint à fautsi. I fautsint les ins dri les autres tant qu’y avò d’la rôzie. Quant i copò pu, fallò s’arréter p’éguzi : i prrnint la piârre dans l’botè et i z-éguzint… E nos pouyò bié s’coper les dès, pasqu’i fallò qu’i cope ! S’i copò pâs y arratsò les bo-yaus !

Ils partaient faucher à la faux à l’aube. Ils avaient la faux sur le dos et le coffin fixé à la culotte. Ils arrivaient dans le pré, ils se mettaient à faucher. Ils fauchaient les uns derrière les autres tant qu’il y avait de la rosée. Quand ça ne coupait plus, il fallait s’arrêter pour aiguiser : ils prenaient la pierre dans le coffin et ils aiguisaient… et on pouvait bien se couper les doigts, parce qu’il fallait que ça coupe ! Si ça ne coupait pas, ça vous arrachait les boyaux !

 

Quant i-z-avint fautsi quéques dou quatr’heûres, i prrnint sè pi faim : i-z-avint l’goûter avèc in lite de rodze ; i mandzint. A peu i se r’meuttint à fautsi tant qu’à ç’qu’i z-y avò in peu d’rôzie. Quant i copò pu ran, qu’y avò pu d’rôzie, i prrnint la fourtse a peu i f’nèyint tant qu’à midi. F’nèyi, y étò prende l’èrbe que l’dâr avò mis en andères, y écarter pe qu’le solè i vèye tot. A peu l’foin qu’avò s’tsi d’la veuille, i l’prrnint avè l’râtchau à bos, a peu i fa-yint des andâres : i m’ttint ç’qu’y avò tsos dessus p’i faire setsi.

Quand ils avaient fauché quelques heures, ils avaient soif et faim : ils avaient leur goûter avec un litre de rouge ; ils mangeaient. Puis ils se remettaient à faucher tant qu’il y avait un peu de rosée. Quand ça ne coupait plus du tout et qu’il n’y avait plus de rosée, ils prenaient la fourche et ils fanaient jusqu’à midi. Faner, c’était prendre l’herbe que la faux avait mis en andains et l’écarter pour que le soleil voie tout. Puis le foin qui avait séché depuis la veille, ils le prenaient avec le râteau en bois, puis ils faisaient des andains : ce qu’il y avait dessous ils le mettaient dessus pour le faire sécher.

 

A peu i-z-appyint les bus ou les vatses u tsèr à dérézes.

Puis ils attelaient les bœufs ou les vaches au char à ridelles.

 

I-z-i m’ttint en bandes - les bandes yè des gros andères- avant qu’d’i mètte su l’tsèr avè la fourtse.

Ils mettaient le foin en bandes - les bandes sont de gros andains avant de le mettre sur le char avec la fourche.

 

S’i chimbiò la piou, i le m’ttint en miaus. Quant y étò fini, y en avò qu’râtlint dri avè in grand râtchau à bos pe pâs laichi d’roudzons.

Si le temps était à la pluie, ils le mettaient en moyettes. Quand c’était fini, il y en avait qui ratissaient derrière avec un grand râteau en bois pour ne pas laisser des restes.

 

Stu là qu’étò su l’tsèr, y étò pâs égi : fallò faire les équarries, les épaules cment qui djint, a peu brâille au miyeu pe qui débo-yanse pâs tot. Vé nos qu’y a gros d’brrdoulées, y è arrivé mé qu’din cop qu’les tsèrs déboyansint. A la grindze i prrnint l’fortsi et i m’ttint l’foin u f’nau.

Pour celui qui était sur le char, ça n’était pas facile : il fallait faire les ongles, les épaules comme ils disaient, et puis tasser au milieu pour que ça ne s’éventre pas. Chez nous, où il y a beaucoup de chemins en pente, il est arrivé plus d’une fois que les chars perdent leur chargement. A la grange, ils prenaient la grande fourche à foin et mettaient le foin dans le fenil.

 

Y allò enco bié u f’nau : fallò brâille, a peu brâille, a peu quant i v’nò bié, i fallò s’enf’ler dans les corates et s’taper la téte tsos les teules.

Dans le fenil, ça allait encore bien : il fallait tasser, et encore tasser, puis quand ça allait bien, il fallait s’enfiler entre le mur et le toit et se cogner la tête contre les tuiles.

 

Quant i z-y avò mé d’pein-ne, y étò quant qu’nos l’meuttò u soféte ; l’soféte y è l’f’nau qu’est tsus la grindze. Y étò bié pu haut ; i-z-y en avò in qu’le prrnò à la bârme du soféte et pis in autre qu’le braillot. Et i feumot, et i-z-y avò d’la poussire et nos sortò nés cment des forniaus !

C’était bien plus pénible quand on le mettait sur le « soféte » ; c’est le fenil qui est au-dessus de la grange. C’était bien plus haut ; il y en avait un qui le prenait à l’ouverture du fenil de la grange et un autre qui le tassait. Et ça fumait, et il y avait de la poussière et on ressortait noir comme des chaudrons !

 

A peu i v’nò neût, a peu nos-allò mandzi la sope. D’la pique du dzeu à la grand neût, y en fayò des heûres de pein-ne !

Et puis venait la nuit et on allait manger la soupe. De l’aube à la grand’nuit, cela en faisait des heures de fatigues !

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