une averse en charolais (brionnais)

Publié le par liaudinna

 

Eune ragasse en tsarolas.

Une averse en charolais.

 

 

Dans stu temps là, i fa-yint tot-à la main ; i mchonint davouì les dâs, à peu i yint avouì in yin d’paille ; i fallò du monde pe m’choner ! Y è à cause qque stu dzeû là y étint in-ne bonne vingtin-ne dans ste târre e i s’dépétsint d’mèt les dzavèles en croizons pe qu’la pieu les moille pâs.

En ce temps-là, ils faisaient tout à la main ; ils moissonnaient avec les faux, puis ils liaient avec un lien de paille ; il en fallait du monde pour moissonner ! C’est pour ça que ce jour-là ils étaient une bonne vingtaine dans cette terre et ils se dépêchaient de mettre les javelles en tas pour que la pluie ne les mouille pas.

L’ceû étò pien d’carniaus tò nâs. I s’abrrnichot. Les gârs et les feuilles corrint d’pretot pe fnì yeû travail. I-z-avint biau corri, l’père Glaude vèyò bin qu’y allò pioure : i fayò dzà dou quat-z-élides, in chti cop d’tunâre. La ragasse étò après pe vnì.

Le ciel était plein de gros nuages tout noirs. Le ciel s’assombrissait. Les garçons et les filles courraient de tous côtés pour finir leur travail. Ils avaient beau courir ; le père Claude voyait bien qu’il allait pleuvoir : il y avait déjà quelques éclairs, un petit coup de tonnerre. L’averse était sur le point d’arriver.

L’père Glaude les-i djèt : « Aréti don les gârs, cori à la méjon, i vou pâs deurer, nos r’vindrans tt’à l’heûre. Nos vans faire quatre-heûres. Feune ! donne don le fromâdze a peu l’pain. Maria, tâ, va don à la câve cri à bouère.

Le père Claude leur dit : « Arrêtez les gars, courez à la maison, ça ne veut pas durer, on reviendra tout à l’heure. On va faire les quatre heures. Femme ! donne le fromage et le pain. Maria, toi, va donc à la cave chercher à boire.

Ma Maria, lavou don qu’al è ? I r’gardant d’pretot, pâs d’Maria ! Et l’Piârre ? L’Piârre éto, ôl è pâs itcheû ?… Bon Gu d’Bon Gu ! qu’dit l’père, i sant quant méme pas restés dans la târre ? I faudrot pâs qu’le tunâre les a-ye tché tsus ?! »

Mais Maria, où est-elle ? Ils regardent partout, pas de Maria ! et Pierre ? Pierre non plus n’est pas ici ? Bon D… de Bon D… ! dit le père, ils ne sont tout de même pas restés aux champs ? il ne faudrait pas que le tonnerre leur soit tombé dessus ?! »

Le ch’ti Dzoâni, lü, o djot qu’i z-étint dèrri quant ôl-est vnì, y étint camés sous l’gros tsâgne, vé la barrire.

Le petit Jeannot, lui, disait qu’ils se trouvaient derrière quand il est venu, ils étaient blottis sous le gros chêne, vers la barrière.

« Ah ben ! », que djèt l’père, « i piou quasi pu ; core don Dzoâni, va vouère qui qui fayant ; tâ qu’t’es dzeûne, t’éras ben vite fait. »

« Eh bien ! », dit le père, « il ne pleut presque plus ; Jeannot ! cours, va voir ce qu’ils font ; toit qui es jeune, tu auras bien vite fait ».

Mon yeûx, quéques dou quat mineutes après, l’gârs r’vint tot-ébeurbiné, ô pou pâs boffer si tant qu’ôl a cori, ô pou à pin-ne causer ! La mère li dit « Dis don vite qui qu’t’as vu ! Dis-i don, bon Gu ! »

Mon vieux, quelques minutes après, le garçon retourne tout ahuri, il ne peut pas respirer tellement il a couru, il peut à peine parler ! La mère lui dit : « Dis donc vite ce que tu as vu ! Parle donc, bon D… ! »

L’gârs f’nì p’dère « dz’les-ai vus tsous l’gros tsâgne, y étint vressi pe târre l’in su l’autre. L’tunâre les a sûr tché tsus ! I les-a aratsi à motché yeû biaude, yeû ts’mize et yeû tsausses. Y è abomifreu ! »

Le garçon finit par dire : « je les ai vus sous le gros chêne, ils étaient renversés par terre l’un sur l’autre. Le tonnerre leur est sûrement tombé dessus ! ça leur a arraché la blouse, la chemise et les chausses. C’est affreux ! »

« Ah ! » qu’dit la mère en pieurant « Ma feuille étò pâs môrte ? »

« Ah ! », dit la mère en pleurant : « Ma fille n’était pas morte ? »

« Ah ! nan, nan », qu’dit l’Dzoâni « al étò pâs t’t-à fait môrte ; dz’acoutò qu’al fayò : ah ! ah ! ».

« Non ! Non ! », dit Jeannot, « Elle n’était pas tout à fait morte ; j’entendais qu’elle faisait : ah ! ah ! ».

« Et l’Piâre », que d’mand’ le père, « ôl étò pâs môrt non pu ? »

« Et Pierre », demande le père : « il n’était pas mort non plus ? ».

« Ah nan ! » qu’dit l’gârs « dz’ai vu qu’ô gueûgnò enco l’cu ».

« Oh non ! », dit le garçon : « j’ai vu qu’il remuait encore du cul ».

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