le Prophète (bourguignon)

Publié le par liaudinna

ce texte est écrit dans le parler de Grancey-le-Château

Grancey-le-Château

 

 

L’Prophète.

 

 

L’pére de lai Titine (l’pére prophète qu’on y diso)

C’tu lai c’éto é drinle. Teu pou tin èl’allo

Adiè un’m’chin, ai peu l’hiever, keupai du bô.

Quand ai l’étot au bô ou gadiai les gorintes

E dingno daivei quéques p’nelles ou bé des nojintes

Peu èn’fiole d’ô què’l’empoto dans sai manjinte.

E fageo des r’posôus daré teu les bochons

Peu chanto des anti-innes au fond du keumesson

Ma, v’ou allai vôn c’n’éto teu d’minme pon un antion !

Quand gnévo teu piûn d’nôje, ai preno des mansinnes

E peu teute lai jonée ai tako des charpingnes.

Çâ qu’, mon gach’nin, l’prophète c’néto pon èn’euguingne.

Teut en grèvonnant son fin daivau l’big’nadin

E songeo. E songeo en méjant ses chôn-nins

Qué jor les gens vinlerinent anssin qu’les p’tits oujelins.

« Pou qué qu’ça n’s’ro pon mo, s’diso cette égrégninle

Qu’par ai métin d’avri, s’ro l’premin qui s’envinle ?

Daiveu èn’pai d’galingne, j’va m’fabriquer des ailes ! »

E jor donc ai dit au Diaude : « V’lai qu’teut a prôt ;

Ettaichai me mes ailes, ai peu v’ou allai vô ! »

E dreusse èn’échéle su lè majon, grimpe su l’tôt …

Pou d’là l’sôce èn’conôille filo teu drô dans l’s’rin

L’prophète dit « j’te raittraippe », s’dresse bé su ses arguins

… Peu chô ai lai volèe au bè motian du f’min !

E se r’leuve, ai s’ebroue ;

Tonnant des inyes de choue

E fa : « ma j’me raippaille,

J’ai eubiai d’baitte des ailes ! »

 

 

 

 

Le Prophère.

 

Le père de la Titine (on l’appelait le père prophète)

Celui-là, c’était un drôle. Partout où il allait.

Aider un peu et puis l’hiver, couper du bois.

Quand il était au bois, ou garder les vaches,

Il dînait de quelques prunelles ou bien de noisettes

Et d’une bouteille d’eau qu’il emportait dans sa musette.

Il faisait des reposoirs derrière tous les buissons

Puis chantait des antiennes au fond de la petite combe ;

Mais, vous allez voir, ce n’était tout de même pas un bon à rien.

Quand il y avait beaucoup de neige, il prenait de l’osier

Et puis, toute la journée, il tressait des corbeilles.

C’est que, mon enfant, le prophète il n’était pas de ceux qui ne pensent qu’à s’amuser.

Tout en grattant son feu avec le tisonnier

Il pensait. Il pensait en mangeant ses lardons breussôles

Qu’un jour les gens voleraient ainsi que les petits oiseaux.

« Pourquoi ne serait-ce pas moi, se disait ce petit homme

Qui, par un matin d’avril, serait le premier qui s’envole ?

Avec une peau de brebis, je vais me fabriquer des ailes ! »

Un jour donc, il dit au Claude : « voilà que tout est prêt ;

Attachez-moi mes ailes, et vous allez voir ! »

Il dresse une échelle contre la maison, grimpe sur le toit …

Par delà le saule, une corneille filait tout droit dans le soleil

Le prophète dit : « je te rattrape », se dresse sur la pointe des pieds

Et tombe au beau milieu du fumier !

Il se relève, il se secoue ;

Tournant ses yeux de chouette

Il fait : « mais, je me rappelle,

J’ai oublié de battre des ailes ! »

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